Je suis à la fin de ma deuxième journée de quinze heures consécutives soit , en deux jours, près d'une semaine entière de travail basée sur les trente cinq heures.
En ais-je assez pour autant ? Il faut croire que non.
Aussitôt le car stationné et le chronotachygraphe en position repos (cet instrument, appelé également "mouchard", permet d'enregistrer l'activité de chaque chauffeur), je m'enferme dans un nouvel univers. Il est près de vingt deux heures trente. Au dehors règne un calme guère interrompu que par le chant des grillons et de quelque animal de ferme. Il fait noir. Je rentre dans l'habitacle qui fleure bon le propre et le cuir neuf. Je verrouille la porte derrière moi, j'allume les veilleuses bleues du couloir central, j'allume la radio, je sélectionne la fréquence d' Europe 2 (le son pop rock!), je mets le niveau sonore assez fort et m'installe confortablement sur les sièges du fond, tout au fond, d'où je peux observer, pour une fois, la cabine de pilotage et ses voyants lumineux multicolores, à la place de mes passagers.
Ambiance discothèque garantie! Vous savez? ce genre d'ambiance qui domine en boîte de nuit en tout début de soirée, lorsque l'on est le premier arrivé, lorsque que tout semble vide, que le DJ fait ses derniers réglages et que la musique n'est pas encore trop forte. Ce genre d'ambiance où l'on à l'impression d'avoir le monde à ses pieds, tout à soi, tout pour soi; une sensation de liberté inouïe du style "je suis le maître du monde". Vous comprenez?
Alors me voilà parti pour quelques minutes de bonheur intégral durant lesquelles mon cerveau paraît paradoxalement se vider et le "grand sablier" s'arrêter. Bref : un voyage hors du temps. Les tubes et les nouveautés se succèdent sans interruption alors que... mince! il est temps de rentrer à la maison. La fête est donc momentanément finie.
Je ferme tout. Je rejoins le monde paisible de la campagne nocturne qui entoure le dépôt pour repartir chez moi et y regagner mon lit afin d'y goûter un repos salutaire bien mérité.
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