Je me souviens, quand j'étais petit, en tous cas plus petit qu' aujourd'hui, disons… jeune adolescent, que je nourrissais pour les conducteurs d'autocar et les chauffeurs de gros camion une admiration sans faille, à la limite de l'idolâtrie. Il me vient à la mémoire les longs moments que je passais à discuter avec eux, à les regarder langoureusement manœuvrer… cela me faisait rêver… jusque, même, avouons-le, l'âge adulte.
Puis ce fut à mon tour de m'asseoir à la place privilégiée du pilote, instant magique et inespéré, pour l'instant bien gauche et veule, car récent, tel un albatros.
Le conducteur héro de la route. Oui. Qu'on se le dise. Le conducteur d'autocar est un héro de la route. Rendez vous compte : transporter des enfants et autres passagers à travers les itinéraires les plus divers tout au long de l'année en leur assurant confort et sécurité dans les méandres de la jongle routière où parfois, seule, règne la loi du plus fort, telle un no man's land ou une zone de non droit, accumulant heures et heures, au détriment, parfois, de sa vie de famille et sociale. D'autant que ce travail s'effectue en contrepartie d'un salaire de base de l'ordre de 1450 euro bruts pour un débutant (guère davantage, proportionnellement, pour un ancien), bien loin, donc, de celui du salaire de la peur. Quelle abnégation!
Nous pleurons aujourd'hui d'innocentes victimes de la route qui n'ont rien demandé à personne; a commencer, sans doute, par le conducteur lui-même. Sans préjuger de la suite de l'enquête judiciaire, j'ai une pensée émue, certes, pour les dites victimes et leurs famille, qui me noue la gorge, mais également pour ce collègue, en garde à vue depuis plus de dix heures, à la place duquel je peux potentiellement me trouver à n'importe quel moment tellement la route est dangereuse et peut réserver, même aux plus expérimentés, le pires des scénarios possibles.
J'avais bien raison d'admirer mes héros de la route quand j'étais petit.
C'étaient, ce sont ! de vrais héros.
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