La descente est difficile et douloureuse à cause de l‘important dénivelé et de la fatigue accumulée. Descendre peut paraître aisé, à première vue. En apparence seulement. En réalité, tous les montagnards vous le diront, c'est tout le contraire car l‘effort sur les cuisses et les genoux est des plus importants. D'autant pus qu'il s’agit de notre première grosse randonnée de l’année, que nous trimbalons nos maisons sur le dos depuis maintenant trois jours et que nos muscles sont, de ce fait, saturés de toxines. Le troisième jour est d'ailleurs toujours un cap à passer, comme en ski. Et dans cette situation, il est facile de perdre l' équilibre. Ainsi, quelques glissades "mémorables" se succédent-t-elles allègrement .
Cela fait quelques instants que je n’entend plus mon équipier. Je me retourne. Il est derrière moi, arrêté. Je l’interpelle. Il ne répond pas. Je remonte en amont pour savoir ce qui se passe. Arrivé à sa hauteur, je constate qu’il transpire. Des goûtes de sueur froide coulent sur son front. Ses lèvres sont violettes. Il ne parle pas. Il faut agir vite. Il fait une crise d’hypoglycémie. Je le rassure et l’invite à s’asseoir. Je lui donne à boire le peu d’eau qu’il me reste. Je sors ma barre chocolatée et lui en fait croquer un gros morceaux. Je l’avais prévenu. Il ne s’était pas assez nourri à la dernière pause. Il fallait bien que cela arrive. Nous restons là un moment, le temps de récupérer quelques forces puis nous reprenons notre descente. Je porte sa "maison" pour lui faciliter la récupération. Je la lui redonnerai d’ici quelques minutes.
Le village est enfin en vue. Il ne reste plus que deux ou trois kilomètres à parcourir. Mon partenaire étant trop fatigué, je décide de modifier l’itinéraire forestier pour adopter celui de la route, évitant ainsi le chemin du vallon.
C’est le crépuscule. L’orage nous surprend. Nous terminons notre périple sous une pluie battante. Fort heureusement, arrivés au village, nous rejoignons mon amie Line auprès de laquelle nous trouvons refuge et réconfort. Elle tient une auberge rustique avec une grande salle de restaurant et une belle cheminée. Nous ne refusons pas le repas qu’elle se propose, amicalement, de nous préparer. La première gorgée de bière possède alors une saveur toute particulière.
Après trois jours, pour ainsi dire « coupés du monde » au milieu du silence, en pleine nature, vivant au rythme du soleil et de la lune, la première nuit me laissa une drôle d’impression. J’éprouvais la nécessité, comme pour prolonger cette aventure, d’aller satisfaire mes besoins naturels en plein air, ce que je pouvais faire aisément car j‘occupais à l‘époque une cabane de forestier. J’étais presque indisposé de dormir sous un toit.
Le retour à la civilisation citadine, deux jours plus tard, ressemblait à un cauchemar. Je crois bien que notre civilisation européenne d’après XIXè siècle, sous couvert d’évolution économique et sociale, a quelque peu dénaturé notre existence fondamentale. Nous ne sommes pas faits pour courir dans tous les sens du matin jusqu’au soir et du soir au matin, ni pour regarder la TV 3 heures par jour, ni même pour respirer à longueur d’année de l’air pollué (pour ne pas dire contaminé), et encore moins pour vivre dans le capharnaüm et l’indifférence etc… Et pourtant, à quelques exceptions près, nous nous y laissons entraîner sans même en avoir conscience. Certains (la plupart, devrais je dire), en sont même littéralement accoutumés à tel point qu’ils en deviennent agoraphobes lorsqu‘ils se retrouvent dans un lieu un peu excentré et isolé .
Cancers, dépression nerveuses, tentatives de suicide seraient en constante augmentation. Ceux qui échappent à ce piège mortel se plongent à corps perdu dans l’hyper activité professionnelle, sportive, sexuelle, sociale et passent décidemment à côté de leur vie.
Oui. Nous avons bien passé trois jours au paradis.
J'espère, à travers ce court récit en 5 épisodes et ces quelques photos prises par mes soins, être parvenu à vous en faire vivre une partie.
Au petit matin, le soleil brille sur la végétation luxuriante encore toute ruisselante. Nous en profitons pour faire un brin de toilette dans le torrent adjacent. Une toilette rapide car l’eau est glacée.
A l’est, de gros nuages gris franchissent maintenant à nouveau le col et semblent vouloir approcher le campement. La pluie menace. Nous plions rapidement bagage.
Nous entamons le chemin du retour, cap à l’opposé, en dehors des sentiers battus, pour tenter de retrouver la trace, avec nos cartes, du vieux chemin, abandonné depuis la construction de la piste. Nous perdons beaucoup de temps à la tâche car il n’y a pratiquement plus de traces. La végétation et les éboulis entravent notre parcours et ralentissent notre progression. Notre périple prend des allures de course d’orientation en pleine jungle. Nous renonçons finalement à le poursuivre et entamons la montée du versant qui nous mène, plein sud, sur la piste forestière au bout de laquelle devrait se trouver le chemin balisé.
Nous faisons halte pour déjeuner dans une bergerie, elle aussi fermée et à la reprise, après de longues minutes de marche, nous parvenons enfin au bout de la piste. Une surprise nous y attend : pas de chemin ! Nous sommes devant un dangereux pierrier sans issue sur lequel il serait manifestement inconscient de s’aventurer. Nous nous sommes à priori trompés de route. Je vérifie ma carte : nous sommes bel et bien perdus.
Je décide alors de rebrousser chemin jusqu’à la première clairière car nous n’avons aucune vue. C’est notre seul chance de nous y retrouver. Une fois l' objectif atteint, je scrute aussitôt la colline d’en face à la recherche de points de repères. Il y en a un, fort heureusement, relativement facile à repérer. J’évalue grâce à cela, d’un coup d’œil, notre d’altitude que je conjugue au temps de marche depuis la pause déjeuner. Je parviens ainsi à nous situer sur la carte. Ouf! Nous nous remettons donc en route et, peu de temps après, rejoignons le chemin balisé.
Les sacs commencent à peser. Nous arrivons en vue du petit col, en fait une petite baisse, que nous devons franchir avant la descente vers le village de départ. Nous avons hâte d’y parvenir après les heures de crapahute passées dans ce vallon et cette forêt!
Aussitôt parvenus en haut de la côte, un spectacle merveilleux, gigantesque, enivrant se présente à nos yeux. J’en demeure tout ébahi. Je ne sais que mot dire. La seul phrase qui me vient alors à la bouche, telle un réflexe, est : « Dieu que tu es beau ! ». Il est de ces situations, dans la vie, qui nous laissent bouche bée. Celle-ci en est une. Le Vallon de la Malagrata, profond de plusieurs centaines de mètres, dominé de forêts alpines abruptes et de sommets culminant à 2000 mètres s’offre à notre regard émerveillé. La tradition Catholique veut que l’on reconnaisse Dieu à travers Sa création. Mon âme ne s’y trompe et je demeure ainsi, sans voix, sans bouger, comme en adoration, de longues minutes durant. Mais le soir qui approche nous tire de nos méditations et nous commande de reprendre le chemin sans tarder.
(...)
L’orage se tait. Il est temps de ranger nos affaires et de reprendre notre route. La remontée à la baisse est fatigante. La pente, raide, nous casse les jambes dès les premiers pas.
Dès que nous parvenons sur ladite baisse, le vent semble à nouveau vouloir tout balayer sur son passage. Nous avançons péniblement, le souffle coupé par les violentes rafales qui nous fouettent le visage. Le brouillard s’invite dans la partie. Nous sommes obligés de nous encorder tellement il est dense. Quelques lourds flocons de neige, rapidement transformés en grêle, assaisonnent une aventure déjà bien relevée. L’orage gronde à nouveau sur les sommets. Non, nous allons plus sur le capelet supérieur. Non, nous n’allons plus sur la cime du diable. Impossible de poursuivre dans de telles conditions sans prendre de risque majeur. Alors c’est décidé : nous quittons l’itinéraire programmé et rejoignons, histoire de faire tout de même une boucle, la route de Belvédère au prochain col.
Aussitôt ce dernier franchi et le versant ouest abordé, le vent tombe. Nous voici enfin à l’abri. Un timide soleil perce même les nuages. Nous laissons donc derrière nous le tumulte des éléments déchaînés et entamons paisiblement notre descente, à travers la forêt retrouvée, vers les granges du colonel où nous décidons de bivouaquer. Nous plantons les tentes presque bord du ruisseau, sur une terrasse située en aplomb pour le cas où il lui prendrait l’envie de se mettre en crue. Nous pouvons nous y approvisionner en eau. En effet, là où l’eau bouillonne en forme de cascade, l’oxygène est plus riche, minimisant ainsi le risque bactériologique, d‘autant plus que les estives n‘ont pas commencé. C’est une amie chasseur alpin qui m’a donné le truc. Personnellement, je l’utilise exclusivement pour la cuisine. Sage précaution.
Le souper terminé, nous décidons de faire quelques pas et nous dirigeons vers la bergerie située en amont, sur la colline. Celle ci est totalement déserte et l‘endroit d’autant plus charmant. Elle surplombe le vallon au fond duquel serpente le ruisseau aux eaux encore limpides.
Après quelques instants de calme et de repos, nous redescendons au campement par l’autre côté de la bergerie. Quelle ne fût pas notre stupeur de nous trouver en présence de ce qui se révèle à nos yeux comme un véritable charnier. Sous nos pieds se déroulent des centaines de carcasses, semble-t-il, de moutons. Nous peinons à progresser sans en piétiner une. Cette macabre vue nous laisse quelque peu inquiets car nous empiétons manifestement sur le terrain de chasse et le garde manger de je ne sais quel prédateur. Il ne fait pas bon s’y attarder.
La nuit est sur le point de tomber lorsque, soudain, venu de l’autre rive du ruisseau, nous parvient le son d’un grondement bestial pour le moins peu rassurant. Impossible d’en découvrir l’origine ni d’en identifier l’auteur. Je ne sais pas à qui nous avons à faire. Cela ressemble à un ours mais il n’y en a pas dans le coin ! Un loup? Mais le loup ne gronde pas. Il grogne ou il hurle ! Qu’est-ce alors? De nouveaux grondements raisonnent dans la forêts. Il fait sombre. Les premières habitations sont à deux heures de marche. Nous n’avons plus le temps de démonter le campement et battre en retraite. Nous n’avons rien pour nous défendre. Nous rentrons alors dans nos tentes.
Le vent se lève. Le tonnerre gronde. La pluie se met à tomber, précédant une nuit de tempête, qui se révèlera, de fait, salvatrice. Les baleines se tordent dans tous les sens, la pluie assourdissante frappe lourdement la toile de tente. J’ai parfois l’impression qu’elle s’envole mais mon matériel est fiable, bien arrimé et j‘ai pris la précaution de creuser une petite rigole autour de la couche afin que l’eau n’ y pénètre pas. La nuit fût ainsi bercée par les bourrasques et les trombes d’eau qui se déversaient avec acharnement sur le campement et la campagne environnante. Du coup : plus de bête infâme et affamée pour venir nous importuner, voire nous croquer. La tempête, sans doute, avait eu raison de sa curiosité et/ou de son appétit.
Si les premières heures furent plombées, j’ai passé le restant de ma nuit à tourner dans tous les sens me donnant, de ce fait, la triste impression de n’avoir pas dormi. Qu’importe. Il est l’heure de sonner le réveil et de préparer le petit déjeuner.
Quelle agréable sensation procure le fait de glisser la tête entre la fermeture éclair entrebâillée de la tente pour découvrir au dehors ce paysage matinal aux rayons de soleil encore froids ! Rien ne bouge. Seul le vent frais du matin vient perturber, au gré de ses rafales, le silence qui nous entoure. Vite, il me faut me couvrir. J’endosse une polaire, m’éloigne de quelques mètres afin de satisfaire un petit besoin bien naturel et me mets aussitôt au fourneau. Café, lait, pain aux céréales, miel, sucre de canne et fruits secs sont au menu. Un plein d’énergie gourmand avant de faire un rapide brin de toilette avec des lingettes imbibées et de démonter le campement.
Nous voici donc partis pour notre deuxième jour de marche. Nous visitons tout d’abord un vieux fort en ruines, non loin de notre point de départ. Nous ne pouvons nous empêcher de songer à ceux qui, aux siècles passés, occupaient ces positions stratégiques sur la frontière Franco-italienne. D’après les renseignements que j’a pu lire, ce fortin fût bâti en 1871 sous le second empire puis intégré à la fameuse Ligne Maginot (laquelle, il faut bien l‘avouer, n‘a pas servi à grand chose). A quelques pas de là, nous repérons les ruines d’anciennes casemates et les vestiges de l’ancien fort souterrain en béton armé, sans cesse pilonnés pendant la deuxième guerre mondiale, lesquels témoignent de ce passé belliqueux. Pour l’anecdote, je crois bien que ce site militaire fut l’un des dernier, sinon le dernier, bastion allemand à se rendre en 1945. La topologie des lieux permets de le comprendre aisément.
Ainsi, soldats Français, Italiens et d’outre Rhin se sont-t-ils succédés sur ces terres inhospitalières coupées du reste du monde huit mois de l’année en raison de la neige, les premiers occupants n’ayant pas même d’électricité ni de moyens de communication modernes!
Nous entamons ensuite une baisse qui nous mène, entre deux cols, vers des cimes encore un peu enneigées culminant à plus de 2400 mètres. J’avance avec une étrange sensation : à partir de l’instant précis où nous avons entamé cette portion du parcours qui nous livre désormais à nous-mêmes, c’est comme si nous avions franchi une porte laissant derrière nous toute civilisation. S’il devait nous arriver quoi que se soit, nous ne pourrions compter que sur nous-mêmes pour traiter l’urgence. En effet, en raison des conditions météo peu favorables, quoique encore acceptables, il y a peu de chance de croiser des promeneurs. De plus, les bergers et leurs troupeaux ne sont pas encore montés aux estives. C’est donc ici que la véritable aventure commence. J’imagine et je peux ressentir alors quelque peu ce que vivent, certes sans commune mesure, ceux et celles qui, pionniers des temps modernes, défient les lois de la nature en traversant pôles, mers et déserts.
Le vent redouble de violence et le temps se fait de plus en plus menaçant. Des orages éclatent sur les reliefs. Il nous donc faut trouver rapidement un endroit où nous protéger. Balayé par une rafale, je chute lourdement au sol après une longue glissage sur des pierres. Il y a là, fort heureusement, un abri de tôle ondulée qui semble nous attendre. Nous nous y précipitons. Heureusement rien de cassé. Pas d’entorse. Mais je constate que je suis méchamment écorché au genoux. Je nettoie et répare cela très rapidement avec, par précaution, deux points américains et j’avale quelques granules d’Arnica pour résorber l’inflammation liée au choc.
Le tonnerre gronde. L’orage menace. La tôle ondulée attirant la foudre, nous serions exposés à un danger mortel si nous nous attardions plus longtemps. Me vient alors le souvenir d’une bergerie que j’avais repérée sur la carte. Nous sortons de notre refuge provisoire et, après vérification, je l’aperçois en contrebas. Euréka! Il était temps car la pluie commence à tomber et l’orage, venu d’Italie, fonce maintenant littéralement droit sur nous. Nous dévalons la pente qui nous y mène, en courrant en même temps derrière un sac de couchage qui s‘était fait la male.
La bergerie est close mais nous y trouvons un hall mitoyen confortable où poser nos affaire et nous-mêmes à l’abri du vent et de la pluie et contempler le spectacle grandiose que nous offre dame nature en cet instant privilégié. Nous en profitons pour casser la croûte en nous réchauffant tout d’abord d’une soupe chaude bien méritée.
Tout en admirant le spectacle, je réfléchis à l’opportunité de poursuivre cette randonnée et aux options que je peux proposer le cas échéant pour la terminer. La suite des évènements sera déterminante pour ma décision.
Il est bientôt l'heure de partir. Dernière vérification du matériel : vêtements de rechange, lampes, piles de rechange, trousse de secours complète, réchaud avec ses recharges, nourriture suffisante, couverts, eau, pastilles stérilisatrices, barres énergétiques, fruits secs, guêtres, poncho, sac de couchage, tente, tapis de sol, boussole, carte, sifflet, ... tout y est. Un dernier coup d'oeil et un dernier briefing sur l'itinéraire et c'est parti.
Nous entamons la montée du col par la route sur quelques kilomètres peu difficiles, histoire de se mettre en jambes et de bien caler les sacs lourds sur nos épaules. Le relief est accidenté. La route est taillée dans la roche calcaire et surplombe une vertigineuse barre rocheuse qui atterrit dans le Riou 300 mètres en contrebas. Au bout d'une demi heure, nous empruntons le chemin de terre qui nous mène à la piste forestière au travers d'une forêt de pins, de charmes et de chênes très dense. Le parcours est sinueux et raide. Les essences printanières, fort agréables, dominent encore à cette altitude. La forme et la couleur des rochers nous laissent par endroits rêveurs. Chacun peut y reconnaître une silhouette comparable à celles que révèlent les nuages blancs dans le ciel. A la différence que celles-ci ne sont pas éphémères mais gravées dans le temps. La forêt bourdonne de mille bruits : abeilles, oiseaux, cliquetis... c'est un véritable enchantement lorsque celui de nos pas s'efface à l'occasion d'une halte.
Tout au long de notre traversée forestière, nous croisons d'anciennes terrasses, jadis cultivées, sur lesquelles poussent désormais des pommiers rendus à l'état sauvage; nous franchissons deux ruisseaux à guet et traversons un vieux hameau en ruine envahi par des feuillus et arbustes en tout genre. Nous parvenons enfin à la piste forestière en contrebas de laquelle se trouve un petit refuge spartiate, en pierre sèches, à moitié enterré, construit vraisemblablement à l'attention des randonneurs surpris par le mauvais temps ou la nuit. Cette dernière partie de la montée du col ne m'enthousiasme pas outre mesure et la succession de virages langoureux à la pente modérée faisant espérer à chaque angle l'arrivée en terre promise m'ennuie quelque peu. Je préfère les grands espaces.
Ces pistes carrossables ont néanmoins été rendues nécessaires et viabilisées pour permettre l'exploitation forestière ainsi que la lutte contre les incendies. Il y passe à chaque saison sans neige des engins de chantier au gabarit impressionnant mais principalement des grumiers pouvant transporter quarante à soixante tonnes de troncs d'arbres sur leur châssis. Je voue aux chauffeurs des dits engins une admiration sans faille. Ils sont capables de faire demi tour en pleine forêt sur une aire de retournement dont l'assise n'est jamais garantie et toujours trop petite faute de place les obligeant à placer tout l'arrière du véhicule dans le vide. Une seule fausse manoeuvre, une seule hésitation et c'est l'accident grave.
Nous parvenons enfin au col où nous nous rafraîchissons rapidement à l'eau d'une fontaine on ne peut mieux venue ( Nous avons tout de même déjà plus de 700 mètres de dénivelé dans les jambes en à peine deux heures trente avec plus de 15 kilos chacun sur le dos !) et nous arrêtons, à quelque trente minutes de marche de là, chez mon ami Jean Jean pour lui faire part de notre itinéraire. En effet, il n'y avait guère de téléphones portables à l'époque, destinés principalement à un usage professionnel. Aussi était-t-il nécessaire de signaler notre présence avant d'aller plus loin. D'ici peu, nous allions basculer dans un univers totalement inhabité à cette époque de l'année, coupé du reste du monde, et à plus de deux heures de marche de la moindre habitation.
Le temps est mauvais - vraiment mauvais!, bien qu'il ne pleuve pas encore. La météo n'augure rien de bon. Aussi la propriétaire des lieux me promet-t-elle de venir jeter un coup d'oeil à notre bivouac avec son 4x4 si le temps vire à la "cata". Mais aucune contre indication impérative ne m'incitant à renoncer, nous poursuivons notre chemin comme prévu.
Nous entamons donc l'ascension de la petite cime qui nous attend avant de gagner notre point de chute. Nous arrivons à son sommet, qui pointe à 1750 mètres, après avoir franchi un court mais ravageur raidillon. Le jeu en vaut la chandelle. Le paysage, somptueux, laisse apparaître peu à peu d'un côté, au loin, la mer, et de l'autre les hauts sommets encore enneigées de la chaîne des Alpes. La visibilité, curieusement, est assez bonne malgré le temps médiocre.
Après une courte descente à travers un petit bois, nous reprenons la montée. Le vent glacial fouette nos joues sans discontinuer et rend notre respiration difficile. Les derniers mètres sont laborieux. Le pas ralentit. Le coeur bas la chamade. Chacun évoluant à son rythme, je prend toutefois quelques longueurs d'avance. Le paysage ressemble parfois à celui d'une steppe aride après la fonte des neiges. Les arbres s'y font de plus en plus rares, l'herbe couchée, jaunie par le froid.
Cote 2000. Nous arrivons au sommet d'une sorte d'immense plateau dominé par quelques cimes qui surplombe une cuvette à la manière d'un volcan. Nous y plantons la tente avant la tombée de la nuit toute proche. Le silence est roi. Le vrai silence. Celui qui prend tellement de place que l'on a presque peur de faire du bruit. Le silence de plomb radicalement différent de ce nous avons l'habitude de vivre en agglomération ou même dans un village isolé. A cette altitude et, surtout, à cette heure-ci, il n'y a plus âme qui vive.
Le crépuscule nous enrobe peu à peu de son velours noir alors que nous finissons de dîner. Le repas "type" a toujours été le suivant en pareille circonstance : une soupe minute bien chaude, un "Bolino", une boîte de sardines ou de pâté, du pain de mie aux céréales, des fruits secs et du chocolat, si possible à la liqueur.
La nuit promet d'être froide. Le O°C est donné à 2400 mètres. C'est dire qu'il ne doit pas faire guère plus de 3 à 4 °C. Malgré nos sacs de couchage chauds et étanches, nous avons tout de même un peu froid. Le sol est dur. La nuit sera longue. Nous sommes seuls. Désespérément seuls, fous, mais illuminés par la grâce.
Sous les vocables d' « écrivain public » ou "reporter" , qui peuvent paraître prétentieux, se déclinent en fait plusieurs identités. L'un comme l'autre désignent, en quelque sorte, l'homme à tout faire de la libre expression et de la communication orale, écrite ou visuelle. Ainsi m'arrive t il de porter aussi bien la "casquette" de blogueur que celle de chroniqueur animateur à la radio et même celle d'organisateur d'évènements.
De niveau "études supérieures" en français, de formation hôtelière et juridique, j'exerce à l'heure actuelle ces activités à titre purement bénévole; tout d'abord par pur plaisir mais également pour continuer d'apprendre, toujours et encore, et me faire connaître peu à peu par le bouche à oreilles en espérant, peu être un jour, "La" rencontre qui change la donne.
Je suis donc en mesure d'écrire pour vous un article ou une simple chronique sur votre ville, d'animer une émission, de concevoir et coordonner un évènement, comme je le fis au cours de ces dernières années avec un réel succès auprès d'associations diverses (Téléthon, Fondation Jérôme Lejeune, Radio Maria France...)
Mon métier ? J'étais Clerc Principal dans une Etude d'Huissiers de Justice sur la Côte d'azur. Après deux ans de chômage et une nécessaire et salutaire reconversion, j'embrasse aujourd'hui la profession de conducteur de tourisme, pour laquelle j'ai obtenu le titre au printemps 2007, profession qui n'est pas sans rapport avec mes aptitudes ni ma démarche intellectuelle.
Ainsi, en attendant de visiter votre lieu de vie ou de villégiature préférés, j'espère que tout un chacun prendra plaisir à se balader au fil des pages que je vous propose de parcourir.
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